Christine Boudreau Microbiologiste Consultante inc.
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La guerre des mots ou des égos?

février 3, 2021

L’histoire se répète

Il y a un «après le virus SRAS-CoV-1» ou un «avant SRAS-CoV-2 (COVID-19)» suivi d’un «pendant la COVID-19». À la suite du premier épisode de SRAS en 2003 qui a entraîné la mort de 44 personnes à Toronto, plusieurs documents on fait l’objet de recommandations objectives.

En 2004, le comité ministériel sur les mesures de précaution contre le SRAS a publié le document «orientations sur les mesures collectives et recommandations sur les mesures individuelles de prévention du SRAS pour les travailleuses et travailleurs de la santé du Québec»1.

Il est mis en évidence, dans ce document, que les travailleurs de la santé doivent être protégés au-delà des cas d’interventions médicales générant des aérosols (IMGA). Il est documenté qu’un masque N-95 doit être porté dès l’entrée dans la chambre d’un patient atteint ou soupçonné d’être atteint d’une infection transmissible par voie aérienne. Il n’est pas question de gouttelettes, seulement d’aérosols dans ce document. À cette époque post SRAS-CoV-1, on s’est permis un post-mortem rigoureux et objectif.

Le principe de précautions

En janvier 2003, l’INSPQ a publié un «Cadre de référence en gestion des risques pour la santé dans le réseau québécois de la santé publique2». Dans la synthèse des principes directeurs de gestion de risques pour la santé, on y définit la prudence comme étant :

«La gestion des risques par la santé publique doit, prôner la réduction et l’élimination des risques, chaque fois qu’il est possible de le faire et ladoption dune attitude vigilante afin dagir de manière à éviter tout risque inutile. Cette attitude sexerce tant dans un contexte de relative certitude (prévention) que dincertitude scientifique (précaution)».

Selon ce même document, la précaution vise «à éviter des risques potentiels, i.e. des risques mal connus, entachés d’incertitude et associés à un danger hypothétique, mais jugé plausible». Qu’est-ce que ça prend de plus au gouvernement pour mettre en application le principe de précaution pendant la pandémie actuelle?

Deux poids, deux mesures.

En septembre 2020, l’institut national de la santé publique du Québec (INSPQ) publiait : «Regard du CINQ sur la : Revue systématique de la littérature scientifique avec méta-analyse sur l’efficacité des méthodes barrière pour protéger contre la COVID-19 dans les environnements de travail et personnels3». On y recommande pour la COVID-19, le port du masque chirurgical ou de procédure dans la majorité des situations en milieu de soins, le N95 étant recommandé pour les IMGA». Toujours selon l’INSPQ, le rôle des IMGA dans la transmission aux travailleurs de la santé «est encore à documenter» et «c’est par extrapolation avec les études sur le SRAS-CoV-1 et d’autres virus que les hypothèses sont effectuées»3. On se base sur «une revue systématique largement citée sur la transmission du SRAS-CoV-1 chez des travailleurs de la santé œuvrant en centre hospitalier ou aux soins intensifs a démontré une transmission aérienne de façon constante que pour une seule IMGA : l’intubation trachéale». Ces recommandations sont dans la même lignée que celles émises par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Pourquoi cette volteface? Pourquoi nier les études, orientations et recommandations précédentes émises à la suite du premier épisode de SRAS? À cause de la pénurie potentielle d’équipement de protection individuelle adéquate à la situation? À cause des coûts?

Une avalanche de mauvaises décisions

La propagation du SRAS-CoV-2 est fulgurante. Nos politiciens et les grands penseurs de la Santé publique font fi systématiquement de recommandations justifiées et s’accrochent désespérément au principe que la transmission du SRAS-CoV-2 se fait par gouttelettes et non par aérosols. Ledit virus lui s’en donne à cœur joie… Personne ne peut nier ce fait.

Plus on s’acharne à restreindre par toutes sortes de moyens le grand public, plus ces décisions ont un effet pervers. On oblige le port de masque barrière dans tous les lieux publics sans en donner un minimum de caractéristiques de performances. Tout le monde en porte, mais dans la plupart des cas pour en faire des biocollecteurs favorisant la transmission et donner un faux sentiment de protection. Combien de personnes avez-vous vu transporter leur masque non utilisé dans un contenant étanche? Et se laver les mains autant au préalable qu’après son port?

On annonce «à l’avance» les décisions pour protéger le public. Et quelle est la réaction de ce dernier? Sa réaction est proportionnelle au «manque» que la directive va créer. On décide de fermer les commerces non essentiels à une date prédéterminée. L’effet, tout le monde se «garroche» dans leur magasinage. On doit considérer la santé mentale, mais avant toute chose, on devrait aussi penser à ce que fera le commun des mortels pour contourner ou amoindrir les effets de ces directives.

Pendant ce temps, la propagation est exponentielle. Ce sont nos travailleurs de la santé qui en payent le prix. Les ergothérapeutes à l’URFI doivent continuer à traiter des patients en zone rouge sous prétexte que ceux-ci ne doivent pas être brimés de leur thérapie. Où est l’erreur? Pendant ce temps le gouvernement fédéral «étudie» l’impact d’interdire les voyages non essentiels. Cette question aurait dû être réglée bien avant les fêtes. Ça prend un seul mutant pour repartir le bal.

Le prix à payer

Dans l’article de La Presse du 4 janvier 2021, l’histoire se répète, on mentionne la chance que nous avons, au Canada, de «posséder une riche expertise en santé publique, en génie et en santé et sécurité du travail. En 2003, dans le cas du SRAS CoV-1, les mêmes erreurs ont été commises»7. Pourquoi ne pas reconnaître que le virus n’en a rien à faire de notre guerre de mots? Il se propage, un point c’est tout. Il se paye notre tête. Le vieil adage dit que ce que l’on ne sait pas ne fait pas mal. J’ai toujours dit que le commun des mortels croit aussi que ce que l’on ne voit pas ne fait pas mal. Et cela s’applique encore malheureusement en 2021 tout comme le fait que c’est dû chacun pour soi comme le fait si bien ressortir un autre article de La Presse paru le 3 janvier 2021, «génération nombril7».

Le principe de Pareto s’applique encore une fois. Pour 20% de la population qui ne respectent pas les consignes, 80% en payent le prix des directives.

Le principe de précaution a été bafoué à plusieurs reprises. Chaque hésitation propulse la propagation à un niveau supérieur en nombre de personnes atteintes, en dommages collatéraux, mais aussi en temps que durera cette pandémie. Ce sera difficile de reconduire nos élus aux prochaines élections, car après presque un an, l’avion ne se construit plus en plein vol.

L’essentiel, c’est la santé!

  1. Orientations sur les mesures collectives et recommandations sur les mesures individuelles de prévention du SRAS pour les travailleuses et travailleurs de la santé du Québec. Comité ministériel sur les mesures de précaution contre le SRAS. Rapport final. Mai 2004. https://publications.msss.gouv.qc.ca/msss/fichiers/2004/04-210-02W.pdf
  2. INSPQ. Cadre de référence en gestion des risques pour la santé dans le réseau québécois de la santé publique. Janvier 2003. https://www.inspq.qc.ca/pdf/publications/163_CadreReferenceGestionRisques.pdf
  3. Regard du CINQ sur la : Revue systématique de la littérature scientifique avec méta-analyse sur l’efficacité des méthodes barrière pour protéger contre la COVID-19 dans les environnements de travail et personnels. 4 septembre 2020.
  4. INSPQ (Institut national de santé publique du Québec). Interventions médicales générant des aérosols chez les cas suspectés ou confirmés COVID-19. Dernière mise à jour le 26 novembre 2020 – Version 3.1
  5.  
  6. LOI SUR LA SANTÉ ET LA SÉCURITÉ DU TRAVAIL http://legisquebec.gouv.qc.ca/fr/ShowDoc/cs/S-2.1/
  7. Règlement sur la santé et la sécurité du travail. chapitre S-2.1, r. 13 http://www.legisquebec.gouv.qc.ca/fr/showdoc/cr/S-2.1,%20r.%2013
  8. L’histoire se répète. La Presse+, édition du 4 janvier 2021, section débats, écran 4 https://plus.lapresse.ca/screens/c6d8bfd1-c1f6-4557-a374-2d7b19908d93__7C___0.html?utm_content=email&utm_source=lpp&utm_medium=referral&utm_campaign=internal+share
  9. COVID-19. Génération nombril. La Presse +, édition du 3 janvier 2021, section débats, écran 6 https://plus.lapresse.ca/screens/85607078-9eac-46c5-b750-3eeecfc06434__7C___0.html

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